jeudi, août 24, 2006

Paliers


J'arrive pas à faire des billets courts, vous avez de la patience de lire jusqu'au bout chaque fois ! ce ne sont plus des "billets" mais des "pavés", désolée !



Comment sait-on qu'on mûrit ? Non, pas qu'on grandit ni qu'on vieillit, non, non, non, qu'on mûrit. Qu'on passe un cap. Quand on est prêt à se défaire de trucs accumulés et conservés avec un fétichisme inquiétant, des machins qu'on se trimballe de déménagement en déménagement, ça servira un jour, on sait jamais...comme la cigarette qu'on garde dans le tiroir après avoir arrêté de fumer. Au cas où.

La première étape de ma vie d'adulte, ça a été le largage contre mon gré de ma collection de cannettes de Coca Cola du monde entier. Quatre années à faire de la retape auprès d'amis, d'amis d'amis d'amis... qui voyageaient plus que moi.. J'en avais des Etats-Unis (ça, fastoche !), du Brésil, de Grèce, du Japon, même une d'Inde, de Norvège, de Suède... Et puis j'ai quitté mes parents... et puis mes parents ont déménagé. Et puis mon père m'a appelée
- Bon euh, tes machins-là tu veux pas les garder...

Ben si, j'aurais bien aimé les garder mais j'étais à 900 km, et il n'allait pas me les envoyer par la Poste !

- Tant que j'y suis, tes cours de fac, je jette aussi ?

Et d'un coup, comme une grande, comme lorsqu'on enlève les petites roues du vélo et qu'on se lance, j'ai psychologiquement fait le deuil de ma collec et de tous ces fabuleux cours (euh, à vrai dire, pas tous !) que j'aurais bien relu en guise de livre de chevet (mes cours d'éco, par exemple, mes cours sur le cinéma italien, mes cours sur la terminologie scientifique en anglais...)
Même pas mal !

Ensuite, j'ai recommencé à accumuler des trucs et des machins. Qui rassurent et qui tiennent chaud. Et puis il y a deux ans, lors d'un emménagement, Chéri m'a dit

- Dis donc, tes cartons de vinyls, là, tu comptes en faire quoi ? Ça prend vachement de place, mine de rien.

Malheureux !! TOUCHE PAS A MES VINYLS !!!! Mes machins qui ont fait 8 déménagements avec moi, même après que mon tourne-disque a rendu l'âme. Mes machins qui datent de ... ouh là... achetés avec mon argent de poche, religieusement.
J'ai rentré les disques dans la maison, je les ai sortis des cartons, je les ai regardé avec émotion un par un (comme lorsque les enfants grandissent et qu'on regarde la première grenouillère, la première paire de chaussures de marche...)

- Hu, cékoiça ? Se sont étonnés les enfants (là, l'expression comme une poule devant un couteau convient à merveille !)

- Des disques.

Ricanements. Gloussements d'un air supérieur.

- N'iiiiiiiimporte quoi ! C'est pô des CD, ça !!

Comme s'il n'y avait de disques QUE les CD. Ah mais..! IGNARES !

- non , ce ne sont pas des CD, ce sont des disques vinyls, qu'on pose sur un électrophone. Ensuite on pose sur le disque un bras articulé et la pointe qui est au bout (en saphir ou en diamant si on a plus de sous), lit les sillons du disque.

- Aaaaahhhh... ouiiiiiiii; comme les trucs de l'Ancien Temps...

Oui... c'est ça... comme dans l'Ancien Temps... L'Ancien Temps c'était juste il y a... allez, il y a 15 ans on vendait encore des vinyls au grand public.

Alors, quand Chéri m'a dit
- Demain je vais amener mes disques à moi au TrocMachin les revendre, je prends les tiens ?

Ben j'ai dit oui.
- Mais je viens avec toi, je veux être là pour leur dire adieu.


Et j'ai ainsi dit adieu, le coeur serré, la gorge nouée, pas seulement à des galettes noires gravées mais à tout ce qu'elles ont accompagné.
Mes disques de Scorpions (oui oui, Scorpions, aaaah, les "sloves" d'amour de Scorpions, des We'll burn the sky, In your park ou Touch your feelings, ça vous a quand même des tripes, ça vous rend tout mou du genou et amoureux, même le Knocking on heaven's door chanté par le bel Axel Rose ne tient pas la comparaison... et les mélodieux Riot of Your time ou Make it real, hein, ça c'est du-rock-du-vrai-du-couillu, les Kyo et autres Evanescence peuvent aller se rhabiller fissa !)

Donc, adieu mes Scorpions, mes Status Quo, mes Iron Maiden... même mon Led'Zep' collector (and she's buy-ying a star-arway to heaaaaveeeennnnn ) cadeau de mon premier bisoubisou ... Tout ça laissait mes parents pantois, eux qui m'avaient élevée au jazz et au blues, à Harry Bellafonte, Ray Charles, Nina Simone, The Platters (only yououououou...), Fats Domino, Count Basie, Billie Holiday, et au cha-cha cubain...

Dans le lot, il y avait ma période suivante, mes Dire Straits (aaah, Dire Straits...), mon Génésis (And then there were three et rien d'autre), puis des Cocteau Twins, Dead Can Dance (c'est gai, hein !), l'album vert pomme des Sugarcubes, le 1er groupe de Bjork, des trucs qui s'appelaient The Saints, Big Country, Jesus And Mary Chain (ramené à notre mémoire par Sophia Coppola dans Lost In Translation) , Bill Pritchard, Joy Division, The Cramps, The Smiths, Adam and The Ants, Depêche Mode de la première heure... Foreigner et Supertramp, The Pogues, Bronskie Beat, Kas Product, Echo and The Bunnymen ... (je parle là d'un temps que les moins de vingt ans...)

Bref bref bref...tout ça pour 20 centimes d'euro le disque. Je suis repartie avec mes 28 euros, les tripes en vrac. Je m'en serais bien retournée mes disques sous le bras mais j'étais avec Cheri, fallait pas que je me dégonfle, hé, mauvietteuh, même pas cap-euh ! 10 balles que j'étais cap, dussè-je le regretter ad vitam !

A peine remise de cette amputation voilà-t-y qu'il faudrait que je remette ça, à l'orée d'un nouveau déménagement. Que j'allège l'empaquetage, que je simplifie le transport. Il faut cette fois que je me déleste de 13 années de revues de déco et de bricolage... 18 boites à archives pleines... plus du rab' qui ne rentrait pas dans les boites. Alors j'ai trié (promiiiiis, je découpe juste des pages...), j'ai fait 3 aller-retour à la benne à papiers, avec à chaque fois l'équivallent de 2 caisses Curver pleines... Et maintenant il ne me reste que des feuilles découpées, une grosse centaine à vue de nez, que je vais ranger consciencieusement dans un classeur scrapbooké à ma façon... pour le cas où... on sait jamais !

Et vous, vos machins, vos marottes, vos fétiches à l'abri de la poussière, pour le cas où... quels sont-ils ? Ttttt.., mais si mais si, toi aussi, tu en as, je le sais !

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5 Comments:

Anonymous michel said...

c'est insoutenable.
mes vinyls je ne peux pas les larguer.
même là où je suis actuellement.
ah non çà je pourrai jamais.

24/8/06 20:10  
Blogger Anitta said...

Moi ça me parle beaucoup, dis donc, tous ces disques que tu cites... Comme si à un autre bout de la grande chaîne humaine, j'avais hérité des mêmes ! Mais je te rassure, ce n'est pas moi qui te les ai marchandés à ton troc-truc. Moi aussi j'ai gagné ces disques à la sueur de mon front ! Ah, ce plaisir d'ouvrir un 33 tours... Rien à voir avec le cellophane-colle-aux-doigts des CD's !

24/8/06 21:51  
Blogger Liliduciel said...

insoutenable ce que tu écris là!! j'en avais le coeur brisé pour toi....

moi c'est tellement ridicule que je n'ose en parler ici!

24/8/06 22:43  
Blogger DoubleMum said...

Ben mon Z'Ôm a moi, pendant qu'il était seul à la maison cet été, a donné TOUS les jouets de petite enfance de nos enfants, que j'avais trié - j'en ai déjà donné pas mal - et rangé pour les mettre de côté pour.... plus tard...

Plus rien. Plus aucune trace de ces moments là avec eux?

Plus un cadeau qu'on leur avait fait.

Plus un jouet à prêter quand un petit vient à la maison.

Plus rien de ces souvenirs de moments pas toujours roses (dur dur de jouer avec un tout petit quand on n'a jamais su jouer soit même) mais qui sont autant d'étapes pour eux et surtout pour ma vie de maman.

En attendant, on a une mezzanine complète réservée pour des jouets techniques qu'il a connu petit et racheté à prix d'or sur EBay, et des cartons entiers de navettes machin-chouettes récupérées chez ses parents... mais ça, c'est sacré, surtout, ne pas y toucher... sans parler (aussi) des vinyls... enfin des siens..

C'est peu dire que j'ai eu le blues. Il s'est excusé, mais n'a pas fait trop d'efforts pour rattraper le coup.

Du coup, ça me parle ton post, parce que c'est tout frais cette histoire...

25/8/06 13:54  
Blogger FD said...

Michel : par amour parfois on fait des choses inimaginables, mais là j'avoue que mes vinyls je porterai le deuil encore longtemps, même si j'en ai racheté une partie en cd, c'est pas pareil !

Anitta : même époque musicale ? Et puis dans les pochettes vinyls parfois on avait le POSTEEEEER !!!
Et les jeans graffités AC/DC, les sacs militaires à bandoulière qui ballotaient sur la cuisse et la collec de badges Scorpions (ou Motorhead...) au revers de la veste en jean...les Stan Smiths ou les Converse plutôt cracra aux pieds... (alors maintenant, à part pour la forme, on n'a rien à dire à nos enfants!)

Liliduciel : allez, lance-toi, dis-nous tout, on est entre nous là...et puis tu crois pas que c'est ridicule aussi la collec de magazines de déco et brico pour qq'1 qui ne décore ni ne bricole JAMAIS ?!

DM : on est toujours plus généreux avec les affaires des autres qu'avec les siennes..;-( mais jeter les jouets premier âge des enfants... même moi je l'ai pas fait... ni la première grenouillère (taille naissance) ni la 1ère paire de chaussures, ni la 1ère dent, ni la 1ère boucle de cheveux, ni le bracelet de la maternité, ni même leurs cahiers de maternelle, ni le 1er doudou... Mets bien les affaires sous clé, ou mieux, stock chez tes parents ! J'ai tellement regretté moi-même que les déménagements successifs de mes parents m'aient amputée de cette Histoire-là... tout a été abandonné dans la fuite d'un pays en guerre à l'époque
(tiens, une idée à suivre !)

25/8/06 16:46  

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