vendredi, mars 02, 2012

Le bon air de la montagne

Une fois n'est pas coutume, petit coup de gueule par ici.  Avouez que c'est plutôt rare, n'est-ce pas...

J'aime ma montagne. Vous le savez, je l'ai déjà dit et redit souvent. Je l'aime et les années (nombreuses...) où j'ai été loin d'elle, elle m'a manqué. Même la chaleur d'ailleurs, même la mer d'un autre ailleurs n'ont jamais remplacé. Je l'aime parce que j'y suis née, peut être. Mais pas seulement. J'aime qu'elle me protège de ses massifs enveloppants, j'aime qu'elle m'obstrue l'horizon dont le vertige m'angoisse, j'aime qu'elle me donne des repères dans l'espace que je n'ai plus sans elle. J'aime voir le soleil rosir ses crêtes à l'opposé de l'endroit d'où il surgira, j'aime qu'elle m'indique quel temps il fera (quand je vois le Mont Blanc, c'est qu'il va faire beau), j'aime qu'elle me donne une idée erronée des distances.

Je l'aime de loin, je l'aime de près, j'aime ses couleurs, je ne me lasse pas de l'automne et je m'extasie des ses camaïeux, j'aime ses odeurs, sa masse imposante et sombre à la tombée de la nuit. J'aime ses vallées, les rivières qui s'y sont creusées, ses routes vertigineuses parfois et même son autoroute la plus chère de France. J'aime croiser des familles de cervidés ou de sangliers sur le bord de la route. J'aime voir, de loin , les chamois farouches.

Nous, les "gens des vallées", sommes lovés dans cet espace plus ou moins étroit où les hommes se sont posés il y a des millénaires et où, avec énergie et foi ils ont installé leurs chaumières, à l'abri des envahisseurs tout en maitrisant les accès à leur environnement. J'aime l'histoire de mes montagnes, des Allobroges à "Hannibal le Carthaginois", de Umberto 1 au Risorgimento, jusqu' au développement de la "houille blanche" qui fit la fortune des vallées... du teigneux Duc de Lesdiguières aux prémices de la Révolution Française.
Avec le temps, l'homme a développé cette industrie sise le long des rivières, la houille blanche, cette énergie venue de l'eau, et par la suite les industries voisines, papeterie, métallurgie. L'homme, donc, s'est installé dans les vallées, le long des cours d'eau. L'homme a crû (du verbe croître, bichette...) et s'est multiplié pour finalement devenir quelques centaines de milliers d'individus dans une région au taux de chômage moins élevé que la moyenne nationale.

Bref. J'aime son histoire, paradoxalement ouverte aux autres, à l'extérieur, à l'étranger, malgré la barrière naturelle du roc protecteur et les accès restreints.

MAIS... MAIS... Voilà... dans les goulots de ses vallées, ses "cuvettes" favorisent l'accumulation de polluants lors de phénomènes atmosphériques particuliers. Et nous sommes contraints, il en va de notre santé,  d'adopter un comportement civique au volant : nos autoroutes affichent des messages lumineux bien visibles "Pic de pollution - moins 20km/h obligatoire". Depuis quelques jours, il a fait très beau et ces températures clémentes et l'absence de vent sont propices à cette pollution à l'origine encore mal identifiée. Certes, c'est rageant lorsqu'on a un timing le matin où chaque minute compte afin d'ouvrir une porte aux élèves à 8h pile à plus de 20km de son domicile. Mais c'est de bonne grâce que mes compatriotes et moi-même levons le pied. 110 km/h. Pas 130. Encore moins 160.

Là où j'enrage et où j'ai envie de ne pas être accueillante envers ces touristes qui font vivre nos stations, ce sont des jours comme ce jour d'hui où, ayant terminé ma journée (et ma semaine) dans la vallée qui mène aux grands blancs, je me glisse sur l'autoroute dans les files des touristes qui rentrent chez eux. Et qui eux se foutent comme de l'an 40 que mes vallées soient polluées et foncent à 130 (voire plus, hein, soyez honnêtes...) Et nous restons, dociles autochtones, glués à 110 sur la voie de droite pendant que les grosses berlines dotées de coffres de toit et d'immatriculations d'ailleurs doublent à vive allure.
Et quand je m'énerve trop comme ce soir, je me cale sur la voie de gauche, à 110 et je fais ma mauvaise tête, sans tenir compte des pressés qui font des appels de phares et cornent derrière moi. Avis au impatients, ma voiture aussi peut rouler à 200km/h, je n'ai jamais besoin d'aller jusque là pour prouver que j'existe et que j'en ai une plus grosse, je ne fais la course avec personne. Et comme,  dans mes mauvais jours, je suis perfide jusqu'au bout (et qu'avec l'habitude des lieux je connais l'emplacement des radars mobiles), je me remets sagement à droite quelques centaines de mètres avant la maréchaussée, laissant l'énervé de derrière s'emballer pour chasser sa frustration. Et bing ! Lorsque, quelques tous petits kilomètres plus loin je vois déboucher d'une encoignure la Mégane surpuissance prendre un étourdi en chasse, excusez-moi de jubiler du malheur d'autrui (je sais, c'est pas charitable mais c'est plus fort que moi !)

Alors, vous qui venez en nos villages pourrir not' neige déguster nos spécialités, vous repaitre du "bon air" et des grands espaces que nous vous offrons, je vous croise chaque vendredi de vacances scolaires (même s'il m'arrive de faire un détour campagnard pour éviter les bouchons aux péages), même si je vous aime parce que moi aussi je viens chez vous, pensez à nous la prochaine fois que vous circulerez sur l'A43, l'A41 ou leurs adjacentes.

Nous vivons ici, nous respectons notre lieu de vie, notre nature. Vous l'aimez, vous y revenez, alors merci d'en prendre soin également si vous voulez qu'elle continue à vous offrir ce qu'elle a de plus beau.
Et si un jour vous tombez, sur l'autoroute, sur une voiture qui vous donne envie de la traiter de bouseux local, demandez-vous juste si vous ne roulez pas un tout petit peu trop vite...




Je vous l'ai dit, je suis très énervée !

18 Comments:

Blogger Kaki said...

Je vais pas à la montagne, c'était pas moi donc t'as raison de gueuler!
Et pis en vrai, je roule comme une mamie toujours en dessous des limites autorisées de 10km/h, j'aime pas la vitesse :s

2/3/12 21:54  
Blogger Kaki said...

Et je viens de m'apercevoir que je ne suis pas à droite, chez ceux chez qui tu aimes te balader, TRISTESSE...

*Elle sort en trainant les pieds, la larme à l'oeil*

2/3/12 21:56  
Blogger Manderley said...

Et bien moi quand je suis venue chez toi, je te rassure, en arrivant ET en repartant, j'ai JAMAIS dépassé les 30km/h à cause des embouteillages monstrueux !!!! Des heures d'embouteillages !!! Sinon, comme je roule comme une Mamie de 90 ans, je ne risque pas de manquer de respect à ton lieu, croix de bois ! Allez respire...
Ah mais je vois ici une autre Mamie de mon âge qui roule à tempo d'escargot, vas-y KAKI !!! on fait la paire ! ET tu es à droite chez moi, don't cry baby :) Ouaip je sais ça te fait une belle jambe !

2/3/12 22:22  
Blogger Manderley said...

Euh... en même temps je note que je ne suis à droite nulle part moi... et je sors en trainant les pieds, le flot de larmes au 2 yeux :(

2/3/12 22:25  
Blogger Célestine said...

Ca fait du bien, hein, un bon vrai coup de gueule bien senti! Ça défoule comme de crier dans la montagne quand seul l'écho te répond et que tu as l'impression d'être le roi du monde. Et en plus, ça dégage les bronches.Un vrai bonheur.
Bisous bisous
Celestine

2/3/12 22:54  
Blogger Kaki said...

Alors moi, j'ai une excuse Manderley l'ephemere, tu nous fait tes adieux 2 fois par an ^^

Un keenex? Allez vient on fait une course pour faire la paix dan sla montagne de tatie!!!! ^^

2/3/12 23:30  
Blogger Valérie de Haute Savoie said...

Rester à gauche avec une meute derrière toi, c'est courageux. Je ne le fais que très rarement, et j'avoue que je serre toujours les fesses, voir un hummer derrière qui me talonne me rends toujours un peu trouillarde.
Ce qui m'amuse souvent, c'est lorsqu'il y a un embouteillage en raison d'un rétrécissement de voie, et que des bourrins cherchent à tous prix à doubler encore un peu, provoquant par là un surplus d'embouteillage, voir un camion nonchalant se déplacer vers la gauche empêchant tous crétins de se faufiler. Et là, tu vois les voitures se coller les unes aux autres, laissant l'importun comme un imbécile qu'il est, sur le côté, regardant passer lentement la file qu'il avait essayé de sqeezer :D Jouissance !

3/3/12 08:35  
Blogger FD said...

* Kaki, c'est clair, si tu ne viens pas ça ne peut pas être toi, logique :-) Mais rouler sur la voie de gauche comme une mamie, ah pas bien !

* Manderley, 30km/H c'est bon, ça va, c'est respectable comme vitesse, c'est l'allure normal d'un samedi de retour de ski ! Rassure-toi, en général ça ne sont pas des femmes au volant qui font les surpressées sur les routes !

* Célestine, ouais, ça dégage bien les bronches et aujourd'hui je vais encore devoir affronter les hordes mais je serai peut être plus clémente, du coup !(le doux va conduire, le doux est très très zen...)

* Valérie, il n'est arrivé il y a quelques années, alors que je doublais sur la voie de gauche, de me rabattre rapidement à droite pour laisser passer le kéké pressé qui me collait. J'ai braqué trop fort, j'ai fait des tonneaux, ça a failli être plus grave que ça ne l'a été et les témoins ont vu le kéké s'arrêter plus loin puis repartir. Depuis, je ne suis plus impressionnée. Au pire, s'il colle et cogne, c'est lui qui est en tord. Et ça ne m'est jamais arrivé, heureusement. Mais je ne fais pas ça non plus avec une toute petite voiture, avec un Traffic ça passe bien :-) et j'adore aussi voir les kékés se faire remettre en place par un camion, et sur mon autoroute en direction de l'Italie, les camions c'est pas ça qui manque !

3/3/12 09:48  
Blogger Laurence said...

Moi non plus je ne vais pas en montagne et je partage ta colère. A bas les kékés et les jackie !! Je ne suis allée qu'une fois en montagne, cette impression de majesté !! Veinarde vas !

3/3/12 10:16  
Blogger FD said...

* Laurence, c'est quand tu veux :-)

3/3/12 10:53  
Anonymous Mamanlit said...

Et là en lisant les numéros d'autoroute, je me dis merdouille....j'étais VRAIMENT pas loin de chez toi quand j'étais au ski, tu sais....ça me saoule de le découvrir seulement maintenant !!!!!... et figure toi que j'ai donc vécu ces ralentissements -20 km toute la fin de notre voyage !

3/3/12 16:46  
Blogger Laurence said...

Trop sympa, tu sais !

3/3/12 18:14  
Blogger FD said...

* Mamanlit, ben t'aurais dû dire que t'allais au ski je t'aurais dit arrête toi faire coucou et une pause, t'avais à peine un détour, en plus. La prochaine fois, hein, sans fautes :-)

* Laurence, quand tu voudras bien sortir de ta grotte !

3/3/12 20:58  
Anonymous Anonyme said...

Oh combien tu as raison ! Je jubile avec toi à l'idée de la Mégane qui prend un étourdi en chasse...ou un camion remettre en place les "p'tis malins"..
Bonne semaine.
Tanette

4/3/12 07:48  
Anonymous KaMaïa said...

Je suis née dans cette vallée et j'y reviens trop rarement hélàs, mais quand ma voiture pénètre dans l'écrin des montagnes, j'ai l'impression d'être une pièce de puzzle qui se glisse à sa place naturellement. Pouf, je suis chez moi. Même si mon chez moi n'est plus là depuis bientôt 35 ans.

Merci pour ce billet parce que loin d'y voir ton agacement, j'ai eu l'impression d'y être, d'être de retour at home.

Mais je compatis ++ à ton énervement, hein. Et je pense que tu as bien raison de faire la nique aux kékés pour les lâcher juste avant le radar ! :D

6/3/12 10:32  
Blogger Manderley said...

Ouaip, file le Keenex... et puis d'abord Kakinette, je ne fais pas mes adieux 2 fois par an !! Je fais des pauses, pas pareil ! :)

8/3/12 22:12  
Anonymous Mamanlit said...

L'année prochaine (à Jérusalem..pt'ain ça c'est de la culture)...donc, je disais, L'année prochaine, tu aura donc la joie de me voir en LIVE , en vrai, en os cachés sous la chair, moi quoi !!!

15/3/12 20:34  
Blogger FD said...

Mamanlit, ah ben je dis vivement l'hiver prochain alors, hein ?!

15/3/12 20:43  

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