
Il est dit que le 18 février nous entrerons dans la nouvelle année chinoise du porc de feu. Soit. C'est bien.
A la cantine, notre vaillant et inventif cuisinier a toujours à coeur d'éduquer le goût de nos jeunes citoyens, louable sacerdoce s'il en est... Ainsi donc, le Nouvel An chinois est un excellent prétexte à modifier le classique
purée-viande au jus du mardi. Je me réjouissais donc aujourd'hui, en poussant mon plateau entre deux blousons "
Rivilda"(
Inversez les voyelles pour avoir la véritable marque... c'est tellement la mode ici que le catalogue complet doit être représenté au lycée... les avec capuches, les sans capuches, les capuches avec moumoutes-en poil de Bigfoot- les capuches sans moumoutes, les forme blouson , les formes parka, les noirs, les blancs, les noir et blanc...)Donc, disais-je, j'en étais toute réjouie de mes deux nems+sauce+salade en entrée, légumes chop-suy et canard aux champignons en plat et lytchies fraîches (
et même pas moisies !) en dessert.
C'est toute à ma joie que je m'assieds sans faire attention, à la table, parmi mes collègues, face à un charmant collègue mâle (
oui oui, celui-là même qui me faisait de chaleureuses bises au début de l'année en me pressant le bras et qui , depuis que je lui ai dit incidemment que j'avais 6 enfants à domicile, à l'air de me fuir comme la peste !)Sourirs, bonjour, bonjour, ça va ? ça va, et toi ? Bon appétit, bon appétit, merci. Et là...
J'interromps mon bel élan gourmand et je suis saisie d'un dilemne :
mes nems, je les mange comment, avec le monsieur en face de moi ? Qui lui, bien sûr, a terminé son plateau... Je les mange avec les doigts en les trempant dans la sauce, nem bien encapoté de sa feuille de laitue ?! Naaaannnn... pas chiche ! Pas chiche du tout ! La mort dans l'âme, je l'ai joué à la fourchette et au couteau (
et que ceux qui connaissent la résistance du nem frit servi dans une petite assiette me plaignent...!) Et, profitant de l'aubaine de cette belle rencontre, le collègue me fait une charmante conversation. En temps normal, j'aurais adoré discuter avec lui, parler à bâtons rompus de ses élèves que j'ai fait exclure 1 journée de l'établissement assorti de 4 h de colle... Vraiment, j'aurais adoré mais là... je ne souhaitais qu'une chose... qu'il s'en aille boire son café
vitevite ... que je puisse suçotter mes mens sans témoin ! Raté.
La confrontation avec les légumes et le canard m'a posé moins de problèmes, trier le gras de la viande en public (
si, il y a du gras dans le canard !) ne me pose plus aucun souci de bienséance. Bon an mal an donc, j'en viens à la fin de mon (
laborieux...) repas, au moment d'attaquer les ... lytchies frais.
Et là, ami lecteur, explique-moi comment toi tu fais pour manger des lytchies frais ?! hein ? Tu te saisis de l'objet dans sa coque rose, tu mets un délicat coup de dent à la puissance bien maitrisée, ni trop fort pour ne pas éclabousser tout autour (
et plein la main...) le jus de la bête, mais suffisamment puissant pour casser la coque, l'éplucher petit à petit et ... aspirer la douceur blanche. Normalement, quand on est chez soi c'est comme ça qu'on fait. Si on a son Chéri en face soi, ça n'est même pas gênant.
Mais devant un collègue qui te fait la conversation... donc qui suit chacun de tes mouvements... tu fais quoi, toi, amie lectrice ?! Parce que bon, même si on n'a pas forcément l'esprit mal placé, on connait un peu les choses de la vie et tout de même, il y a certains aliments dont l'ingestion est plus suggestive que d'autres ... enfin, tu vois ce que je veux dire, amie lectrice... Tu comprends donc bien mon embarras.
Ce n'est pas une, ni deux, mais bien cinq lytchies qui me narguent dans mon assiette, cinq fois répéter l'opération-de-la-honte ! Que faire ? A la fourchette et au couteau, comme les pêches et les oranges dans
ma vie anterieure ? Infaisable, le lytchie ne s'y prête guère. Les mettre dans ma poche et les manger devant mon écran plus tard dans l'après-midi ?! Quid du jus de lytchie sur le clavier ?!
Et puis n'y tenant plus, je ne sais pas ce qui m'a pris, trop de frustration sans doûte, trop de pression, j'ai fait comme je le sentais, allez, on est entre nous, hein. Et puis,
"du brin !" comme diraient certains.
Crrrrc... plotch... on épluche
dééélicatement le fruit soyeux (
surtout bien rester concentré sur l'opération, ne pas lever le nez de son assiette pour vérifier que personne ne vous regarde, de toutes façons ON vous regarde !) , entre-ouvrir la bouche juste ce qu'il faut, une légère aspiration, croquer autour du noyau et reposer entre deux doigts le luisant ovale noir. Et réitérer l'opération quatre fois. Toujours sans lever le nez.
Mmmmmhhh... c'est booooon... j'adooooore le lytchies !Libellés : L'aventure du quotidien