samedi, février 19, 2011

Vacances ?

Non, je ne suis pas en vacances !

Attention billet à haute teneur en aigreur et acidité...

Faire partie de la dernière zone, se taper 8 semaines d'affilée, regarder les "1ères zones" venir nous pourrir notre maigre capital neige (nyark-nyark-nyark)  et faire des kilomètres de bouchons polluants dans nos vallées...

Je plaisante, hein, pour les touristes ! Si je parle de 8 semaines entre deux-c'est-dur, je ne dis pas que j'ai du mal à me lever le matin, feignasse que je suis.

Je parle des enfants qui sont fatigués, je parle de ces élèves épuisés, agités, qui ne tiennent pas en place. je parle de cette ambiance survoltée, ce genre d'ambiance que l'on sent prête à partir en vrille d'un instant à l'autre pour une imprévisible broutille... Je parle de ces yeux éteints et cernés en salle des profs, je parle de cette tension palpable qui met à cran et aux aguets en permanence et sans une minute de répit dans une journée de travail. Je parle de ces bataillons d'agités des hormones prêts à toutes les facéties, à tout ce qui pourrait être en temps normal une bonne blague potache faite à un encadrement adulte réduit à la portion congrue, épuisé et démotivé de surcroit depuis des années ...

J'avais prévu il y a 2 jours de faire un beau billet sur mon boulot, avec des gros bouts d'optimisme dedans. Mais là... pas le courage. Et puis ça sonnerait vraiment faux.Et pourtant, bon sang que je l'aime, mon métier. Celui-là et pas un autre. Même sans reconnaissance. Ni sociale (de ça je me fiche en général comme d'une guigne) Ni de la part de mes pairs "enseignants de discipline" comme ils se disent. Parce que oui, quoi, être titulaire d'un CAPES de documentation, sur un bac+4 ou 5,  avec un taux de réussite de 2%, avec une expertise certaine en sciences de l'information et de la communication, pour être au quotidien  sous-considérés et sous-employés, quelque chose d'hybride entre la bibliothécaire (j'adore les bibliothécaires, j'ai même passé leur concours et je regrette aujourd'hui de n'avoir pas insisté après le 1er échec, au moins je ferais aujourd'hui un métier clair, visible et dont on sait en quoi il consiste... fin de la parenthèse) et le surveillant, ça n'est pas toujours de tout repos. Il faut se positionner et se repositionner en permanence pour pouvoir juste l'exercer.

Au quotidien je n'arrive même plus à avoir ce détachement et  ce sens de l'humour qui  sauvent, quand des collègues me demandent si c'est moi qui achète les livres ou si c'est le Rectorat qui me fournit des pistes, qui doutent de ma légitimité à remplir les rayons d'ouvrages jeunesse qui collent aux programmes, de toutes les matières et de toutes les disciplines, voire à anticiper un an avant de façon à ce qu'une fois le programme effectif, le CDI propose déjà des livres sur lesquels travailler ; qui s'étonnent de la connaissance nécessaire en romans jeunesse qui tapent juste, plaire en ouvrant l'esprit et sans gaspiller ni les maigres deniers publics qui me sont alloués, ni décevoir la curiosité des ados lecteurs, en même temps qu'essayer de faire entrer dans la lecture ceux qui en ont peur.
Je ne parle même pas ce gâchis de compétences en didactique de l'info'com', qui consiste à apprendre aux jeunes à se repérer et  décrypter le monde, à agir et être participants conscients de la société de l'information et à développer des compétences d'apprentissage transversales comme la critique et la maitrise de la réflexion nourrie et distanciée...

Au quotidien, ce métier se résume aujourd'hui à passer son temps en justifications, à jouer des coudes et mendier des groupes d'élèves (autres que pour de la surveillance de lutins façon salle d'étude de luxe) auprès des collègues  pour tenter de mettre en place ces compétences, des savoir-faire et des concepts...

Aujourd'hui tout ça me fatigue... me fatigue et me dégoute. Quand d'en-haut on nous "pond" un projet de circulaire de mission qui redéfinit notre métier, qui nie avec mépris ce pour quoi nous avons été recrutés, les bases sur lesquelles nous avons été recrutés et sur lesquelles notre contrat de travail s'appuie de fait, il sera à l'avenir difficile de nous positionner comme de véritables professionnels munis de compétences transmissibles. Juste des prestataires de service. Au service de qui ? Pas des élèves, en tous cas...

De toutes façons, l'Educ'Nat' n'est-elle pas en train de se dissoudre, se muer en "service  (au) public" qui offre des "produits" ? Du "produit éducatif" comme de la boite de haricots verts extra-fins ? (via l'autonomie pédagogique des établissements, à travers la fameuse DHG -dotation horaire globale- et  à terme proche la concurrence des établissements, leur productivité, pardon, leur rentabilité, ah, zut, leurs résultats aux exams -et ne vous leurrez pas, chers parents, il est faciiiiiiile de faire réussir artificiellement le plus grand nombre à des exams...) afin de céder la place à sa propre marchandisation (à ce propos, le vocable de l'entreprise nous a déjà rejoint : objectifs, résultats, moyen d'action,  et bientôt valeur ajoutée...)

Mais voilà, les compétences que nous développons encore ne sont pas marchandes, comptables,  elles ne font pas les dociles citoyens attendus de demain. En dehors du monde de l'entreprise, point de salut ?

Il me reste près de 20 ans à pratiquer encore ce métier. Mais pourrais-je encore l'exercer comme je l'aime, avec ce retour des élèves qui souvent fait passer la pilule amère et grosse comme un citron (je suis correcte, je parle de pilule mais c'est une autre métaphore qui me vient à l'esprit). Pourrais-je encore exercer ce métier sans être le héraut bien malgré moi d'un projet de société que je réprouve ?

Non, je ne suis pas en vacanceS... Je suis en vacance... en vacance de motivation. Non pas que j'aie perdu la foi... juste que je n'arrive pas à adhérer à celle que l'on voudrait me coller.


Toi, le troll qui passeras immanquablement par là, pas la peine de me suggérer que si je ne suis pas contente je n'ai qu'à changer de métier. Merci, si je veux je change de métier, je n'ai pas besoin de ton avis acerbe et stérile. Je POURRAIS si je voulais. Mais voilà, je ne VEUX PAS changer de métier :-) Alors laisse-moi chouiner SI JE VEUX et jouer les lanceurs d'alerte SI JE VEUX ! Il ne s'agit pas de défendre une corporation mais une certaine vision de la société... Fuir vers ailleurs n'est pas constructif. En tous cas ça n'est pas ma façon d'être citoyenne. 

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jeudi, décembre 16, 2010

La magie de Noël

Je m'affaire peu sur mon blog mais je joue les lutins de Noël de mes 10 doigts magiques...

Et je fais des goûters de Noël avec les 6è Segpa...

Et je prends beaucoup de plaisir avec "mes" ENAF (élèves nouvellement arrivés en France) et de la peine aussi. Pour celui qui refuse de dire un mot de français, sa mère étant soumise à un OQTF , nous pensons tous qu'il a de légitimes angoisses... De la peine pour K. qui est absente, et qui le restera pour longtemps car elle est "rentrée en Bulgarie"... Et pour J. qui, le lendemain de ses 16 ans est repartie "finir ses études" en Turquie (doux euphémisme pour dire "mariée"...) A ces enfants qui viennent de poser le pied dans notre pays, avec des espoirs plus grands que tout ce que nous pouvons imaginer... Avec le déchirement d'avoir quitté ce qui faisait leur vie... Avec cet élan et cette volonté féroce d'apprendre notre langue, cette application que je leur vois tous les jours, ces fulgurants progrès qu'ils font  à vouloir s'intégrer ici. Apaisés ? Non. Pour l'être, il faudrait qu'ils se posent/posassent (oui, l'un ou l'autre, choisissez celui que vous voulez ) , sereinement. Et cela  ne leur est pas toujours permis.
Et je pense à la jeune ado de 14 ans qui revenait en France après 7 ans d'absence, en janvier 78, en "réfugiée politique", même si elle était née ici. Mais à la douleur de TOUT laisser ce qui avait fait sa vie pendant 7 ans, amis, quotidien, premier amoureux, oncles, tantes et cousins, père également, elle revenait quand même en culture connue. L'avantage d'une double nationalité... Aujourd'hui, ce retour serait encore plus difficile administrativement qu'il ne l'a été à l'époque.

Alors je suis en colère. Tout le temps. Et triste souvent. Pour eux.
Je rappelle à mes fils tous les jours la chance qu'ils ont d'être nés au bon endroit au bon moment. Dans "la bonne famille" (je me comprends... vous aussi... nul sectarisme ni racisme de ma part.. c'est juste que mes fils ont une couleur de peau "neutre" et un patronyme loin d'éveiller les soupçons... la réalité des choses est ce qu'elle est, même si elle est loin de notre idéal personnel )

E je souhaite malgré tout une joyeuse fin d'année à mes ENAF, en espérant les retrouver tous les 8 à la rentrée...

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vendredi, juin 11, 2010

Pot pourri

Tout d'abords, merci pour vos commentaire qui vraiment me requinquent, me permet de prendre de la distance, de m'enrichir de vos avis différents. La vraie vie passe aussi par le net, c'est une évidence. Merci.


Fils


Pas de danse... Deux pas en avant, un pas en arrière. Je prends le verre à moitié plein au lieu de le voir à moitié vide, je crois qu'en huit ans j'ai appris l'optimisme et la pensée positive (sinon t'es mort)

On a pris les choses à bras-le-corps. Mon gars, tu vas voir ce que c'est la ténacité d'une mère. On te prend la tête ? Ben faudra que tu t'y habitues, parce qu'on n'a pas fini de te coller aux basques ! Ainé a été pris en charge par l'équipe éducative du lycée, avec la mission de nous aider à le faire revenir dans le scolaire. Chose faite. Avec "contrat" entre eux et lui. Tu diminues ta conso, tu conserves intact tous tes neurones et tu te concentres sur ton projet professionnel. On est en bonne voie. Il a tout seul tracé sa route, le bac, l'année de mise à niveau scientifique et prépa concours école d'infirmier. Son idée de faire un break ? ON lui a fait comprendre qu'avec ce projet-là bien précis il valait mieux qu'il reste encadré dans un lycée... qu'il ne perde pas le fil. De ce côté-là, ça roule. Pour l'instant.
Il voit aujourd'hui, il voit après demain, mais il a du mal avec demain, qui fait la jonction entre le présent et le futur. "Se donner les moyens" n'a jamais fait partie de ses exigences personnelles. Il a la chance d'avoir des "facilités", de ne pas ou presque avoir besoin de "marner" à la maison pour obtenir les mêmes moyennes que certains camarades. Du coup, hélas, l'effort il ne connait pas... ce qu'il pratique et qu'il aime c'est passer 3h (nuitamment et la veille) sur une dissert. Dans ces conditions, franchement, pourquoi se foulerait-il ?
Il s'était dit "je suis trop balèze, quand je veux j'arrête le lycée et quand je veux je reprends à l'aise, fingers in ze nose, je suis un warrior, moi".

Tu parles d'un guerrier... tigre de papier.
Pour l'instant, l'élan est donné... pourvu qu'il tienne. La conso est réduite... pourvu qu'il tienne... On va d'abords passer l'été, hein, si vous permettez. On lui dit qu'on l'aime, on ne cesse de lui répéter. ça suffira, vous croyez ?

Scuola

Fin d'année sur les chapeaux de roue au boulot également. L'aboutissement de deux gros projets avec 3 classes, étalé sur l'année. Chaud-bouillant. La gageure d'avoir fait lire une dizaine de petits romans policiers à mes 6è Segpa. Un défi-lecture avec une autre classe d'un autre collège. Des énigmes et des rébus à construire. Une rencontre à la clé, une conteuse pour clôturer le tout, un gros goûter... et derrière tout ça, de la paperasserie... essayez, dans l'Educ-Nat, de monter un projet avec un autre établissement ET de vous partagez les frais divers... vous vous arrachez tellement les cheveux que vous finissez par vous dire que bon sang vous allez la payer vous même sur vos deniers perso, la conteuse tellement ça a l'air compliqué entre deux agences comptables différentes. Moi je vous dis, faut avoir envie de faire des trucs !
Ben on a envie, et avec mes collègues on a même super envie, depuis 2 ans. Sauf que l'année prochaine je n'y serai probablement plus... étant remplaçante, il parait que je suis"gisement d'efficience", j'irai donc étendre mon efficience à la demande...

Mots doux

La Grenouillette est allée visiter un château fort avec sa classe. Des semaines qu'elle en parle, ça n'est pas la pluie de la veille qui va les freiner ! Le soir, je m'enquiers de leur journée (outre une grenouillette terrorisée par l'animatrice déguisée en sorcière !)

- Alors, vous avez pic-niqué dehors ?
- Oui.
- dans l'herbe ?
- non, sur une vache.
(Elles sont trop-trop prévoyantes, les maitresses de la maternelle !)

J'ai mis quelques secondes à comprendre ! Et vous ?!

Hameçonnage (phishing)

Mon Doux a de la chance, il reçoit en ce moment de nombreux courriels qui lui veulent du bien. Je partage avec vous mon hilarité.

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Poissonnage (Fishing)

Mercredi je m'en fus comme tous les mercredi au magasin de miam me fournir en nourriture pour fauves (mes fauves sont fructivores... principalement bananivores). Je pris soin au préalable de mettre à décongeler 6 joliettes queues de lottes en vue d'une recette que j'avais en tête. Six. Pas une de plus, pas une de moins, je les ai compté de mes doigts compté. J'ai posé les poissons sur une assiette, sur le plan de travail et j'ai fait sortir les chats avant de m'en aller, flanquée de mon fidèle lieutenant, le Soldat Grenouillette-grand-braillard-de-supermarché-Première-classe.
J'avais oublié que l'été nous laissions une fenêtre (bloquée) ouverte qui laisse passer l'air mais également un chat de taille chat. Comme les nôtres, quoi. A mon retour, je vois mon Quick dévaler ventre à terre, la queue et les oreilles basses.

48h après je suis toujours à la recherche d'une queue de lotte emballée dans son plastique bleuté et depuis tout ce temps allègrement décongelée. Ainé a rassuré mon inquiétude :

- T'en fais pas, quand ça puera trop on saura où elle est.

Nous avons cherché partout. Sauf derrière le frigo et derrière la chaudière. Et en de nombreux autres endroits que seul un chat peut dénicher...

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vendredi, mars 19, 2010

Somewhere over the rainbow...

On m'avait prévenue.
- Ne t'inquiète pas, il ne parle pas.
- Comment ça, il ne parle pas ?
- Enfin, il parle mais pas aux adultes.
- ?!

En effet. Il y a très longtemps déjà, il était haut comme 3 prunes, il a décidé de ne plus parler aux adultes. Enfin, pas à tous les adultes. Aux adultes de son milieu scolaire. Que s'est-il passé ? Quand ? La réponse, s'il y en a une, n'est pas parvenue jusqu'à nous. Elle s'est probablement perdue dans les limbes du temps, dans les méandres d'une scolarité fragile, dans l'oubli d'un dossier scolaire muet. Il ne NOUS parle pas, mais il parle à ses camarades. Un peu. Oh, il est loin d'être expansif... mais il leur dit des mots. Rares en présence d'adultes, toutefois.

Je ne travaille pas avec eux de façon "frontale". Eux alignés en rangées parallèles et moi devant. Chez moi, ils sont en rond, par table de 4, ou de 5. Et moi je navigue d'une table à l'autre. Et je m'accroupis près d'eux. Parce que je déteste leur parler de haut, que je baisse les yeux et qu'eux les lèvent vers moi. Avec eux, toutes les semaines je lis des histoires. Cette année, j'ai décidé que ça serait l'année "romans policiers". Je leur lis des romans policiers adaptés, des romans courts, des histoires de bonbons volés et de cadavre dans l'arrière boutique, des histoires de poupées décapitées dans la cour de récré, des histoires de ... Parce que la lecture, pour certains, c'est dur. C'est insurmontable. Mais ça ne doit pas les empêcher d'accéder à ce qu'il y a à l'intérieur des livres. Parfois ça déclenche des choses. Des curiosités. Des envies d'essayer. A la longue.
Lui, il lit. Il emmène des livres chez lui. Il fait signe de la tête qu'il a lu.
Il ne parle pas. Il fait oui de la tête. Ou il fait non de la tête. Il fait des rébus pour nous dire des choses, à nous les adultes. Des jolis dessins. Il est fort, en rébus. Parfois il me prend le bras pour me montrer un rébus. Il a des choses à dire. Il lève les yeux, les sourcils soulevés, le regard en attente. Quand je trouve, je souris. Lui aussi. Il est content et moi aussi. Il faut juste lui poser des questions fermées. Oui. Ou non. Parfois il hausse juste les épaules.

C'est déstabilisant. Mais, bon, c'est comme ça. Il faut le savoir. Il a le regard qui pétille tellement. Il sourit en grand, ça lui éclaire les yeux ça fait chaud au coeur. On dirait que ses tâches de rousseur pétillent sur ses joues. Parfois c'est comme si les mots affleuraient... Là, juste là, si près. Emprisonnés.

Ce matin je me suis mise accroupie. A sa gauche. Si doucement que je crois qu'il ne m'a pas entendue. La conversation était si animée qu'il parlait. Un peu. A ses camarades. J'ai écouté sa voix. Dans la même tonalité, sur le même registre, je lui ai posé une question. Il était en train de parler à ses camarades et dans son élan il a dit OUI. Il m'a répondu !!! Sans faire exprès. J'en suis restée bouche-bée. J'en avais les larmes aux yeux. Confus, il a baissé la tête.
C'était fugace. J'ai cru avoir rêvé. Je sais bien que ça ne se reproduira plus.

Je n'arrêterai pas de me demander ce qu'il enferme comme traumatisme dans sa mémoire. Ce qu'il y a de si grave que nous n'avons pas le droit de savoir.

ça faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé de mes 6èSegpa...

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dimanche, janvier 24, 2010

Toujours plus haut

Il y a des semaines plus difficiles que d'autres. Il y a des jours qui se suivent, et se suivent et s'empilent ...

C'est une tentative de suicide au collège, un matin...

C'est une bagarre acharnée et violente pour des broutilles...

C'est une matraque tombée d'un sac en plein cours...

C'est un inquiétant mouvement de foule à la récré vers un coin de la cour...

C'est une tension palpable qui s'épaissit chaque semaine un peu plus... on se demande quand ça va craquer... mais quand donc...

Dans cette attente, c'est une ambiance qui se plombe chaque jour un peu plus dans la salle des profs...
Que les kilos de chocolats engloutis quotidiennement ne parviennent plus à adoucir...

Ce sont nos visages qui se ferment lorsque retentit la 1ère sonnerie de fin de récré...

Ce sont des vannes de trop-plein qui lâchent en plein cours...

Ce sont des élèves qui filment l'inadmissible au portable et qui balancent sur le Net...

Ce sont des jeunes qui devraient être dans d'autres structures plus adaptées mais qui sont chez nous par manque de place...
Ce sont des éducateurs trop peu nombreux, débordés eux aussi et avec lesquels on aimerait bien travailler en tandem...

Ce sont des gamins cabossés de partout qui explosent dans l'Ecole... parce qu'ici, au moins on les écoute.
On fait attention à eux.
Pour l'instant encore.

Ce sont des dépressions à la pelle...

Des absences non remplacées...

Des replis sur soi pour éviter porter le fardeau des difficultés de l'autre... parce qu'on a déjà du mal avec les siennes, trop similaires...
De la parole qui se libère en flots intarissables à la cantine mais qui ne soulage point.
Parce que ça n'est pas nous qui détenons les solutions.
C'est cette impression de souquer de plus en plus vite de nos petites mains inutiles...

Faire mieux avec moins.

Consoler, rafistoler, faire en sorte que... Jongler toujours plus rapidement.

Prendre de plein fouet les maux et misères du dehors.

Les écouter parler de leurs parents dépassés, de leurs grands frères en prison et de leur expérience du Juge pour Enfants
De leur dégoût de la société
De l'immense attente qu'ils ont de nous...

Faire mieux avec moins...

Toujours...
Plus haut
Avec de moins en moins.

Plus haut parce qu'on part de plus bas, d'un peu plus bas chaque année

Inventer chaque jour
Se réinventer chaque jour la motivation
Indéfectible malgré tout.

Beaucoup s'en vont ailleurs.
La mort dans l'âme de n'avoir pas pu ...

Finir la semaine, sonnée, par un coup de fil furieux d'une mère d'élève, dont le fils a oublié son blouson dans ma salle. Madame, je ne peux pas, aux 150 adolescents qui me passent dans les mains quotidiennement, rappeler en sortant "prenez-vos-moufles-vos-bonnets-vos-trousses-vos-crayons-votre-équerre-votre-gomme-votre-sac-de-sport-votre-blouson"
M'entendre rétorquer que j'ai la belle vie, moi...

Et rester zen.

Profiter des trop courts week end.
Et reprendre la bête à bras-le-corps dès le lundi.
Pour une nouvelle semaine pleine de surprises...

Mais parfois, les trop courts week end ne suffisent plus à repartir de zéro le lundi...

Me dire que dans 5 ans, 10 ans, j'aurais encore moins pour faire encore mieux...

C'est trop de frustration...

Car je suis incapable de miracles...

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jeudi, janvier 15, 2009

Le retour du jeudi

J'ai trouvé la solution, pour calmer mes Zépiens. C'est le magazine Géo ado de décembre qui m'a soufflé l'idée. Sur le coup ça m'a fait rire. Mais c'est très pertinent, au fond...

"Punir avec les mains
Des massages de la tête et des pieds pour punir les élèves ?Cette nouvelle forme de « punition » est censée calmer les élèves agités et les aider à se concentrer. Ce vent de douceur soufflera sur 60 écoles primaires et 14 collèges de la banlieue de Londres, pour la somme de 110 000 euros. Ce n'est pas du tout du goût des parents de bons élèves qui jugent la sanction injuste.
"

Bon, d'abords, un «bon élève» n'est pas forcément un élève calme, de même qu'un «élève agité» n'est pas forcément un mauvais élève... Cette ambigüité étant levée, je vois bien mes agités se laisser gratouiller le crâne béatement, tiens ..! N'empêche, ça n'est pas une idée stupide...

Jeudi dernier j'ai emmené mes 6èS à la Bibliothèque Municipale. Grand moment : deux semaines de brief préalable, 500 m à faire à pieds au bord de la route un jour de neige. Pourquoi Freddy a choisi ce jour-là pour venir au collège en T-shirt ?! OK, T-shirt flambant neuf au poitrail barré d'une grande marque de sport. Soit. Mais quand même, quoi, on est en janvier et la température était négative ce jour-là.

« Freddyyyy, tu n'as pas un blouson à mettre ? On va dehors... »

« naaaaan, madaaame, c'est booooon j'ai pas froid, moi.», dit-il en se tortillant et en gloussant.

Devant les filles. Et ses copains. Tout seul sans public, Freddy est plutôt calme. Sans public. Mais hélas on ne peut pas faire de classes à un seul élève (dommage !)

Nous n'avions pas sitôt passé le portail que déjà ils s'égaillaient sur la route. En vrac. Le rang par deux bien formé en sortant de la salle ne ressemblait plus qu'à une grosse flaque. Du grand n'importe quoi. Nous n'étions pas trop de deux pour les groupir à nouveau. Je collais aux basques de Mickael comme une puce à un canard. Ma collègue faisait voiture-balai. Notre chemin devait passer devant la boulangerie.... Hooooop...anticipation. Grand détour à droite par le parking. On l'a échappé belle mais c'était sans l'oeil de lynx de Samuel.
« Madaaaame, après on pourra s'arréter au bureau de tabac pour acheter des chouigomes ? »

Pendant 40 mn j'avais l'oeil aux aguets, prête à bondir. Ma collègue était également sur le qui-vive. C'est long, 40 mn à courir aider les uns les autres tout en surveillant du coin de l'oeil les uns et les autres... C'était inévitable, Mickael est tombé dans l'escalier. Tout seul. Les autres ont ri, lui aussi... l'hilarité générale a commencé à partir en eau de boudin. Et hop, recadrage. Oui Michael moi aussi je t'aime bien mais là tu arrêtes de courir dans la bibliothèque et tu vas chercher un documentaire qui parle de dauphins. Non, tu ne laisses pas Sarah chercher toute seule, vous ètes deux, ça n'est pas à elle de tout faire. Et alors ? Ça n'est pas parcequ'elle t'aime bien qu'elle doit faire les devoirs à ta place, non mais ho ?!!!

N'empêche, ils se sont bien tenus pendant la séance. Il n'y a pas eu de concours de pêts, ni de rots. Mais là où j'ai merdouillé, c'est dans ma promptitude à les féliciter de leur comportement quasi exemplaire. Je n'aurais pas du le faire AVANT le retour au collège. Le chemin du retour a été... moins calme.

Mais nous recommencerons. Dans deux semaines. Deux semaines de brief intense.
Cette semaine nous avons joué « à domicile », nous avons accueilli une intervenante venue nous parler du tri selectif. Des semaines de brief préalable, comme d'hab'. Les trois fanfarons ont posé n'importe quoi comme questions, ont raconté des âneries qui n'ont même pas fait rire les filles. Sam est allé s'assoir dans le couloir 5 mn le temps de se calmer. L'intervenante était dépitée «Je n'ai pas pu faire tout ce que j'avais prévu, j'ai du improviser». Normal.
Pas pêts sonores, pas de rots. Nickel. A refaire. Ça tombe bien, elle revient dans deux semaines.
J'aime bien. Eux aussi. Ils n'insultent pas, eux. Ils sont agités, certains sont en grande difficulté d'apprentissage mais c'est ça le défi. Je les ai une heure par semaine, sans contrainte. Royal. Luxueux, même.

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mardi, janvier 06, 2009

Retour à la réalité...

...Ben croyez-moi, j'aime mieux les vacances !



Parceque se faire hurler "SALE P*TE !" par un élève dès le deuxième jour de taf, ça donne pas vraiment du coeur à l'ouvrage. Tu me diras, ami lecteur, que ça n'est pas la première fois, ça ou autres noms d'oiseaux murmurés, de dos. Mais quand même.



C'est la fonction, ça n'est pas moi. Agir quand même en conséquence. Même si on sait que cet ado-là n'a pas en dehors de l'école une vie facile. En plus de se trainer des problèmes psy non traités. En plus de... bref. Malgré tout ça, quoi.



De plus en plus de cas similaires, dans l'enceinte de l'école. Comme si l'Ecole, avec son E majuscule, devait à la fois encaisser et traiter tous les maux du dehors... en plus d'instruire, bien sûr. Mais c'est là un autre débat.



On se blinde psychologiquement, parce qu'on peut avoir de l'empathie mais on ne PEUT pas prendre sur soi toute la violente misère du dehors. En plus de notre mission première : instruire. Mais instruire qui et comment ? Dans quelles conditions ?

On se blinde psychologiquement et, comble du pire, on prend des assurances contre les risques professionnels. Tu te rends compte, ami lecteur... comme un chirurgien ou un trapéziste.



Je n'ai jamais voulu penser ce métier comme dangereux. Déstabilisant, oui. Usant, oui. Décourageant, parfois. Mais on y croit. Enfin, ceux qui restent. Parce que certains s'en vont. De plus en plus nombreux.


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mercredi, septembre 03, 2008

Les vacances, c'était bien


Le Grand Facétieux qui me sert d'employeur (loué-soit-son-nom) aime bien les bonnes blagues et jouer des tours à ses ouailles. Si tu veux aller officier à un endroit, surtout ne lui dis pas, tu es sûr de ne pas y aller ! (sauf la fois où j'ai dit pour de rire "Pas-de-Calais", il l'a pris au premier degré...)

Si si, je veux continuer à faire des remplacements, j'aime ça, vivre dangereusement, me mettre en (dés)équilibre et avoir une surprise de dernière minute. Quand même, j'avais dit en juin "je voudrais bien retourner chez les cuistots 1 mois, avant le retour du monsieur malade". Et le chef de l'école des cuistots avait dit au Grand Facétieux "on voudrait bien madame FD, elle connait la maison et elle pourrait continuer ce qu'elle a commencé". Et puis j'ai dit aussi, aucazoù, "en même temps ou à la place je voudrais bien aussi l'école des secréteuzes que je connais déjà, je sais qu'il y a un mi-temps..."

Le Grand Facétieux a dit "oui d'accord, même que ça nous simplifie la tâche".
Mais moi je le connais le Grand Facétieux, héhé, 16 ans que je le pratique, bien fol qui s'y fie. Je l'ai pas cru, tu penses bien...

En effet, peu avant la rentrée, le Grand Facétieux m'informe par le biais de la Boite Magique que je suis affectée à mi-temps au collège E. R. dans la ville de La R. De lycée hôtelier point. Bonne fille, je me déchante pas, je sais me réjouir de peu. Comme il est d'usage (mais point trop tôt parce que quoi quand même, à deux jours de la rentrée c'est toujours les vacances, faut pas me gâcher mon plaisir non plus) Je tente de contacter celui qui sera pour 8 mois mon supérieur hiérarchique.

-Ah, il n'est pas là...
Le lendemain, rebelotte.

- Ah non, il n'est pas encore arrivé.

Je comprendrai plus tard que "pas encore arrivé" voulait vraiment dire "pas encore arrivé". L'ancien parti, le nouveau pas encore arrivé dans la région.

Dans la foulée, le Grand Facétieux, qui, à l'occasion, sait également se servir de cette chose qui fait vrombir mon sac à main...

- allo ?
-allo ? Mme FD ?
- (bah oui, tu m'appelles sur mon portable...) Ouiiiiii...

Je vous passe les présentations d'usage...

- Je vous appelle pour vous informer de votre complément de service (vas-y la fille, aboule l'info, tourne pas autour du pot...) Vous avez donc vu que vous avez un mi-temps à l'année au collège de .... (CRACHE TON TRUC, BON SANG DE BOIS... je comprendrai plus tard pourquoi elle a mis des pincettes sur sa voix velouté...) Nous avions prévu quelqu'un d'autre que nous avons du réaffecter (entendez "qui a refusé le poste"...)
et que je te tourne autour du pot et que je te tourne autour du pot... pour finir quand même par lâcher

- Vous effectuez votre complément au collège C.R. à Ch-le-haut...

- ouiiii... (genre "et alors ?" en fait, j'aurais du crier, là ?! tomber raide en larmes, implorer la pitié du Grand Facétieux...)

- Vous savez peut être que cet établissement est classé ZEP...

- (elle a peur que je m'évanouisse, ou que je n'aie pas bien compris?) Ben oui, je sais... et puis quoi ?

Je la sens soulagée... ben quoi, on n'est pas à St-Denis quand même, et quand bien même, tous les enfants ont le droit de bénéficier de mes lumineuses connaissances, non ?!!

Lundi 01 septembre. Pré-rentrée.

-Aaaaah... bonjour, c'est vous la nouvelle documentaliste ?
- oui.
- Vous ètes une vraie documentaliste ?
- (je ne suis pas non plus démunie d'un certain sens de l'humour) Non, je suis une documentaliste en plastique.

- (lard ou cochon ?)

- (sourir)

- Non mais parce que...

- (large sourir) Je sais, on me fait le coup chaque fois, j'ai l'habitude... oui je suis une "vraie", c'est mon "vrai" métier que j'ai vraiment choisi un jour où j'étais sobre et que j'exerce depuis 15 ans maintenant.

- Non mais je demandais juste parce que jusqu'à présent nous avons eu des ""réadapt' " (entendez en jargon mammouthien des enseignants souhaitant se réorienter hors d'une classe d'élèves et que l'on "case" dans un CDi en pensant que là il n'y a pas d'élèves, ni de rapports de force avec les têtes blondes ni d'autorité à avoir...le job trop peinard où tu passes ton temps à blogger, à surfer sur le net et accessoirement à ranger des livres...)

- Ah bon, donc tu connais bien le boulot...

- Je ne sais pas... il me semble...

Ailleurs, on me demandera avec la même sincérité troublante

- Et tu viens de quelle discipline ? (décidemment...)

- ????? je ne comprends pas ta question.

- Ta discipline d'origine c'est quoi ? Avant tu enseignais quoi ?

- Ma discipline d'origine c'est la documentation, j'ai passé le concours de mon plein gré, c'est mon vrai métier depuis 15 ans.

Ma 16è rentrée (oh puréééééée !) et je ne me lasse pas, aucun remplacement, aucun établissement ne ressemble à un autre (et certaines lectrices-bloggeuses sauront de quoi je parle)

Quand j'estimerai avoir fait le tour de ce métier qui me fait encore plus rire que pleurer, j'ouvrirai un "camion de nems et tartes salées" dans une zone industrielle.
Ou alors bien avant, quand je ne supporterai plus les blagues à deux balles -de plus en plus fréquentes- du Grand Facétieux.

En attendant, ma vie cette année chez les Zépiens...

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